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Mardi, Juin 5, 2018

Debora Waldman, cheffe d'orchestre

En instituant un partenariat avec Femmes de Bretagne, l’orchestre philharmonique de Bretagne s’inscrit dans une démarche des plus symboliques : promouvoir la visibilité des femmes dans le domaine de la musique classique. Un univers très masculin, où les compositrices, musiciennes et cheffes d’orchestre souffrent encore aujourd’hui d’une reconnaissance limitée. 

 


La rencontre avec Debora Waldman aurait pu se dérouler sans évoquer une seule fois le fait qu’elle était une femme chef d’orchestre. Après tout, pourquoi inclure le genre d’une personne en évoquant sa carrière ? Dans un monde idéal, la discussion pourrait simplement s’articuler autour de la passion, de la création et des démarches artistiques. Mais retracer un parcours de femme chef d’orchestre sans jamais utiliser le prisme du genre, c’est tronquer en partie une réalité dérangeante. C’est oublier un peu vite qu’aujourd’hui, en France, on dénombre à peine 4 % de femmes remplissant cette fonction. Impossible également de cacher sous le pupitre que dans l’Hexagone, à l’heure actuelle, aucune femme n’occupe la fonction de directrice permanente à la tête d’un orchestre lyrique ou symphonique. C’est un fait : les portes semblent s’ouvrir plus difficilement lorsqu’on est une femme chef d’orchestre. Sensible à ces problématiques, Debora Waldman met un point d’honneur à faire bouger les lignes de cette profession. 

Née au Brésil, elle suit des études musicales en Israël et à Buenos Aires. Elle remporte deux médailles d’or à l’Université Catholique d’Argentine ; une en composition, une autre en direction d’orchestre, devenant ainsi la première élève de l’histoire de l’école à afficher un tel palmarès. 


 


Depuis 2002, Debora Waldman vit à Paris, une ville dont elle est tombée amoureuse, et où elle s’est perfectionnée au début des années 2000 auprès de Mickaël Levinas, de Janos Fürst et de François-Xavier Roth. Après trois années comme assistante du chef allemand Kurt Masur, à l’orchestre National de France, l’artiste brésilienne poursuit avec une belle énergie sa carrière de chef d’orchestre, en France comme à l’étranger.

Cette année, Debora Waldman multiplie les dates de concerts, en tant que chef invitée, à l’instar de ses deux soirées mozartiennes à Rennes, ou avec son orchestre, Idomeneo, qu’elle a fondé en 2013. Ce dernier réunit de jeunes musiciens et musiciennes professionnels, capables de jouer sur des instruments d’époque et des instruments dits « modernes ». Avec son orchestre, Debora Waldman revisite les œuvres du répertoire classique et romantique, avec une pointe de fraîcheur et une bonne dose d’enthousiasme.

Au printemps 2019, Debora Waldman dirigera la création mondiale de la Symphonie en Ut dièse mineur de la compositrice Charlotte Sohy (1887-1955 élève de Vincent D’Indy), écrite en 1917. Une bonne manière de remettre sur le devant de la scène la pièce d’une de ces nombreuses compositrices injustement oubliées. Moins diffusées et moins publiées, ces œuvres de femmes des siècles précédents sont difficiles à mettre au jour. Un challenge que Debora Waldman relève avec autant de plaisir que de virtuosité...


 


Des études brillantes, un prix de l’Académie des Beaux-Arts, une distinction « Talent Chef d’Orchestre » par l’ADAMI, un agenda bien chargé, des prestations saluées par la presse… À première vue, le parcours prestigieux de Debora Waldman suffirait à mettre à mal l’idée qu’il est difficile d’être une femme chef d’orchestre. Sans doute parce qu’il faut prendre le temps de s’attarder sur les détails, les petites difficultés quotidiennes.

Debora Waldman se souvient notamment de sa promotion, lors de sa formation, composée à parts égales d’hommes et de femmes. Aujourd’hui, ces dernières sont allées moins loin que leurs anciens camarades de classe. La chef d’orchestre évoque, dans certaines structures, un sous-emploi de ses collègues femmes, souvent reléguées aux concerts en famille, à des représentations éducatives. L’occasion de souligner l’avance prise par certains pays dans le domaine, notamment la Scandinavie, où la parité dans les orchestres est davantage respectée.



 
Un entretien réalisé par la Plume Charlotte Guillier, 
rédactrice web à Brest (29)
dans le cadre du partenariat entre l’orchestre philharmonique de Bretagne et Femmes de Bretagne.
Article rédigé par :
Charlotte Guillier. -