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Mardi, Juin 5, 2018

Françoise Danet, crêperie "Dan Ewen" à Vannes (56) : "Pour entreprendre, je pense qu’il faut être tenace, aimer la liberté et avoir des objectifs."

Françoise Danet fait partie de ces  femmes dont on a tout de suite envie de se faire l’amie. On la sent fiable, humble et généreuse bien que discrète… Tout à fait à l'image de sa crêperie « Dan Ewen » située au bas du quartier Saint-Patern à Vannes. « Madame 1000 000 volts » pourrait être son surnom : toujours motivée pour entreprendre malgré ses 21 ans  d'expérience, elle continue d’innover, de croire et de multiplier les projets. À titre d’exemple elle participe au Téléthon en confectionnant 1000 crêpes et galettes tout en organisant  son travail et en animant sa commune, en s'occupant de la scolarité de ses enfants, mais aussi de son manoir du XIIème siècle, qu'elle a avec son époux transformé en gîtes. Récit d'une rencontre riche d'authenticité, de partage et d'enthousiasme.

 


Peux-tu me raconter ton parcours Françoise ?

Pour commencer, mes parents tenaient la boulangerie juste à côté… Et là où nous sommes, c'était le salon de thé… Toute petite j'étais donc dans cet univers, je suis vraiment du quartier, comme sur un îlot. Il y avait une ambiance de village, l'institutrice prenait les enfants des commerçants pour les emmener à l'école Saint-Patern.

Je suis allée au lycée Saint-Paul et après mon bac j'ai fait une faculté de droit. Je voulais être pâtissière mais ma mère me l’a refusé. Dès que j'avais du temps je devais aider mes parents car dans mon éducation on m'a appris que mon grand-père résistant avait été fusillé et sa ferme brûlée, mon père a donc dû travailler très tôt. On m'a alors dit « à 14 ans tu dois travailler : les apprentis travaillent, donc toi, fille du patron, du même âge, aussi. »


Comment es-tu alors devenue crêpière ?

J'ai fait des études de droit tout en restant à la boulangerie. Mon but était de reprendre l'affaire familiale mais cela n’a pas été possible. La boulangerie a été vendue, mes parents ayant fait le choix de vendre car la proposition était avantageuse. Il y avait une clause de non-concurrence valable 5 ans, donc en 1995, comme je ne “savais pas partir du quartier”, j'ai décidé de reprendre cette partie à côté de l'actuelle boulangerie et de créer un salon de thé avec une activité de crêperie. J'ai monté ma boutique en 1997 il y a 21 ans déjà !


Est-ce que cela a été facile ?

Non : je n'étais pas du métier donc le banquier m'a découragée. De plus je faisais tout à la main et j'ouvrais au départ tous les jours. La première année j'ai perdu 12 kilos, j'ouvrais même l'après-midi pour payer mon fonds.

Et un jour, un journaliste de l'Express est venu manger à la crêperie. Il m'a fait un article si élogieux que la demande est montée en flèche, par la suite j'ai eu d'autres articles.
 
 
"Pour entreprendre, je pense qu’il faut être tenace, aimer la liberté et avoir des objectifs."


Tu sembles très ancrée dans cette belle Bretagne ? Ainsi, chez « Dan Ewen », pas de folklore : tu ne « surfes » pas sur une vague comme on dit ?

Oui, ma culture est très importante : j'avais deux grands-mères de caractère, l'un gallaise et l' autre « bret », toutes les deux ne s'entendaient pas mais avaient en commun d'affirmer leur identité. C'était presque de l'acculturation pour moi : il est essentiel de savoir d'où l'on vient pour transmettre.

Ici il y a de la musique bretonne, la déco est bretonne, la vaisselle aussi ; parce que je suis comme çà, je veux qu'il y ait cette authenticité là : j'en suis fière. J'ai eu un jour un joli titre dans le guide vert disant que « Dan Ewen » était un bastion culturel à Vannes.


Tu as un second endroit où tu exerces ?

Oui, j'ai eu un food-truck sur le site d'art contemporain à Kerguehennec, j'y étais depuis 2016 : c'est un contrat avec le Conseil Départemental du Morbihan.


Et tu es parvenue à tout mener de front ?

Oui, il faut, j'ai également une maison d'hôtes : un dimanche, en se baladant avec mon mari Didier, on cherchait une maison et on l'a trouvée. On l’a restaurée, on y a habité pendant 10 ans et maintenant c'est devenu un village de gîtes.

On aussi une activité touristique : location de gîtes dans un petit village. On pratique un tourisme familial, rural, à l'instar de la crêperie. Il est classé « Village Rural à Sauvegarder »  et j'en suis la gérante à 80%.


 


Tu as deux commerces, comment les gères-tu ?

Dan Ewen ouvre du mardi au samedi et l’hiver (du lundi au samedi en saison). J’ai une équipe, constituée de 6 employés à l’année et moi-même.

À Kerguehennec, centre d’art contemporain, nous étions 3 dont moi-même à travailler, mais seulement l’été. C’est une question d’organisation. Gérer deux endroits est une question d’organisation d’équipe.


Ta carte est très importante (plus de 60 crêpes et galettes) : comment la conçois-tu ?

Au départ, je la changeais tous les 6 mois mais cela ne plaisait pas aux habitués, donc je laisse une carte constante mais je crée aussi : j’ajoute de nouvelles compositions.

Ma crêperie est labellisée « crêperie gourmande » c'est-à-dire que je m’engage à ce que le maximum des produits soient achetés en circuit-court. J’aime travailler avec des produits simples mais de qualité, je recherche l’authentique et je veux que ce soit accessible à toutes les bourses.


Ton mari travaille avec toi : comment cela se passe-t-il ?

Oui, Didier est crêpier avec moi, il est mon salarié mais cela ne semble pas lui poser de souci : on fait le travail ensemble, mon fils aîné Ewen vient d'intégrer l'équipe depuis 9 mois.


Quelle est ta clientèle ?

Aussi bien des femmes que des hommes, toutes les générations sont représentées, j’ai des « habitués » et l’été des touristes, je peux accueillir jusqu’à 86 personnes et j’ai une salle à l’étage et une petite terrasse.

On peut manger sur place et aussi acheter et emporter. Mon principe est que tout client doit pouvoir être accepté chez moi.


 
"il est essentiel de savoir d'où l'on vient pour transmettre."


Quelle est ta journée type ?

À 8H30 je m’occupe de la partie administrative, ensuite je fais le ménage, les préparations du midi puis j’enchaîne avec la mise en place et le service du midi. Je consacre 2 à 3 soirs par semaine à ma famille : avec mon mari Didier, on alterne.


On te voit devant les galettoirs : pourquoi ?

On me voit de la rue d’ailleurs, je veux qu’on voit la cuisine « comme à la maison » : je veux qu’on vienne chez moi comme on irait chez des amis, d’où la cuisine semi-directe. De plus, je peux être attentive à ce qui se passe dans la salle, cela permet de gagner du temps et d'optimiser le travail d'équipe. Cela rassure tout le monde : le client, les serveurs et moi-même. En crêperie, il faut travailler vite.


Pour toi quelles sont les qualités nécessaires pour être chef d’entreprise ? Parallèlement tu as d’autres activités je crois ?

Pour entreprendre, je pense qu’il faut être tenace, aimer la liberté et avoir des objectifs.

Parallèlement, oui, nous vivons dans un moulin à eau qu’on a retapé, je me bats pour cette cause : la préservation du patrimoine est très importante pour moi.
J’ai également fait partie du conseil municipal de ma commune, j’ai été présidente d’association scolaire, ainsi que déléguée communautaire et aussi fait partie du bureau des maires de ma communauté de communes.
Par principe, je n’aime pas qu’on me dise « non ce n’est pas possible ». Rester sur un échec ne me correspond pas. D’autre part, j’aime militer car défendre l’identité , c’est essentiel.
Cette année j’ai organisé un marché de Noël au manoir de Clégrio (dans les gîtes) où j’accueillais des artisans. C’est important d’animer son village : je fais cela bénévolement car j’aime les projets.


Que penses-tu du réseau Femmes de Bretagne ?

Quand j’ai créé ma crêperie, il est évident que ce réseau m’aurait été utile, une femme pense entreprise et vie de famille simultanément quand elle crée sa boîte ; donc ce réseau est un soutien.


Dan Ewen
3 place du Général de Gaulle
56000 Vannes
02.97.42.44.34
Page Facebook
Site web


Manoir de Clégrio
56420 Guehenno
02.97.47.57.12
06.47.23.92.75
manoirclegrio@gmail.com
site web

 
 
Un entretien mené par la Plume Dominique Thiam,
fondatrice de la Boîte à Méthodes à Vannes (56)
Article rédigé par :
Dominique Thiam. -