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Lundi, Juillet 16, 2018

Françoise Hemono-Le Ster, caviste chez La Cave du Vincin à Vannes (56) : "Être caviste c’est d’abord et avant tout donner du plaisir aux gens"

S'il y avait trois adjectifs pour qualifier Françoise Hemono-Le Ster, ils seraient incontestablement : authenticité, générosité et fiabilité. Elle est à l’image des produits de « La Cave du Vincin » à Vannes, qu’elle a reprise avec son fils Antoine en juillet 2017. Caviste, Françoise est une femme dont on peut dire qu’elle a une main de fer dans un gant de velours : de fer quand il s’agit de convaincre sur la nécessité du « bien vivre et bien consommer », et de velours car elle sait prendre soin des autres : son associé, ses clients, ses stagiaires, mais aussi ses fournisseurs.

« À la vôtre » : consommez sans modération ce récit, car il  est celui d’une femme d’exception qui a su transformer les essais de sa vie pour en faire une réussite : être heureuse en réalisant son rêve de dispenser le bonheur à travers son métier.


 


Ton parcours est pour le moins atypique : peux-tu nous le présenter ?

Oui, mon parcours actuel correspond à une page tournée, une forme d’abandon. En effet, auparavant j’étais responsable Ressources Humaines. Mais je ne me reconnais absolument plus dans ce métier tel qu’il est aujourd’hui.

J’ai travaillé dans une entreprise familiale très jeune, donc je connaissais tout le monde c’est-à-dire les joies et  les peines des salariés… Et puis un gouffre s’est produit.. En effet, la réorganisation interne via un groupe national a eu pour conséquence de m’imposer un changement de standing donc un manque de proximité auprès des salariés, que je n’ai pu et voulu assumer…


Pourquoi ce décalage ?

Tu sais, quand tu es la fille de parents comme les miens, « tu manges, tu travailles et tu dors entreprise… » Aider mes parents était une continuité, d’autant que j’étais le dernière de la famille.

Et puis en 2009, suite à un changement de direction, je me suis retrouvée dans une entreprise dont la culture était basée uniquement sur les chiffres et les capacités intellectuelles ; surtout pas sur l’intelligence émotionnelle… Et fatalement, c’est devenu pour moi une source de stress intense, je me suis retrouvée au cœur de conflits d'intérêts, d'égos, de façons de manager, qui n’étaient pas les miens mais dans un positionnement qui est devenu insoutenable du fait de ma fonction.


Quelles étaient tes missions ?

Ma mission de fond était de lisser les pratiques sociales entre différentes filiales… Une fois réalisée, le 14 février 2012 à 16h10, on m’a signifié que je ne faisais plus partie de la maison et la raison invoquée via une  rupture conventionnelle était traduite en ces termes : « Trop d’investissement dans le travail ». Mon médecin a identifié un burn-out sévère.

Je crois qu’être « la fille de » m’a alors desservie et puis je ne correspondais surtout pas aux standards du nouveau groupe : j’avais « trop » d’empathie, le sens de la générosité et du partage…


 
"Pour ce qui est de l’entrepreneuriat, je dirais qu’il faut y croire, ne pas avoir peur, être convaincu de ce que tu peux apporter par tes choix."


Que fais-tu alors ?

J’avais toujours rêvé de valoriser mes acquis donc j’ai décidé de faire une VAE (Validation d’Acquis de l’Expérience) pour obtenir un Master 2 en Management des Ressources Humaines. À 54 ans, et bien consciente que mon CAP de comptable en France, malgré ma longue expérience, ne suffirait pas pour retrouver un emploi, je me lance dans ces études via l'IAE de Caen. En France, on n’existe plus sans diplôme, donc je l'obtiens.

Malgré tout, en cherchant du travail, je multiplie les démarches, en vain. Je fais un bref passage dans une Coop bio dans laquelle j'ai retrouvé avec beaucoup de bonheur un vrai sens de l'humain, mais question « métier » le cœur n'y était plus. Avec le recul, je pense qu’inconsciemment je « ratais » mes entretiens sans toujours comprendre pourquoi. Je décide donc de me faire accompagner par une coach de vie qui m'a été d'un secours et d'un réconfort incroyables.

En 2016, après avoir perdu ma maman et en refaisant sa maison, mon fils Antoine revient après avoir fait une formation de caviste et une énième saison à Sarzeau. Il me parle alors de « La Cave du Vincin » qui est à vendre. On passe devant, on s’y arrête, et là il se produit quelque chose d’indéfinissable… quelque chose  d’irrationnel… En fait je nous y vois, c’est une évidence et je sens qu’il y a un potentiel. Mon fils quant à lui hésite car il a un autre projet, mais j’argumente. On dresse ensuite un business-plan, on réalise que c'est possible. Et Antoine me dit oui.


Il est connu que travailler en famille n’est pas toujours facile : comment faire pour s’associer sans risque avec son propre fils ? 
Comment vous répartissez-vous les rôles dans cette cave ?

Eh bien je propose à Antoine de partir loin durant 15 jours afin de verrouiller notre capacité à travailler ensemble : on a baladé nos sacs à dos dans un pays étranger qu’on ne connaissait ni l’un ni l’autre, pour être dans la même énergie. Cette expérience a levé nos doutes : depuis le 1er juillet 2017, on est associé à 50/50.

Antoine est responsable de la sélection et des achats, et moi de la gestion et des agencement des locaux. Pour la relation avec nos clients, nous travaillons tous les deux. La Cave du Vincin est ouverte de lundi au samedi. Les horaires varient en fonction de la saison pour s'adapter au rythme de vie des uns et des autres.


Comment définirais-tu le métier de caviste ?

C’est d’abord et avant tout donner du plaisir aux gens, du moins pour moi et mon fils c’est un objectif essentiel.

L’important c'est aussi la rencontre : nous ne choisissons aucun de nos vins sur catalogue, nous nous déplaçons (salons, vignobles), nous goûtons et privilégions les vignerons indépendants.


 


Votre pari est aussi de proposer du vin biodynamique ?

Nous, ce que l'on aime, ce sont les vins faits avec du raisin qui expriment un terroir. Il faut savoir que l'on peut ajouter au vin au moins 130 produits, sans compter les traitements sur les vignes… D’où le développement d'allergies ou de maladies. Nous ne souhaitons pas participer à cela, on s’oriente alors vers les vignerons artisans et passionnés qui travaillent des petits domaines et pratiquent la biodynamie.

Ce mode de culture répond à un cahier des charges très strict et s’appuie sur  plusieurs critères : à savoir que les plantes s’associent entre elles, ce qui empêche les maladies de la vigne. À noter que le travail du vigneron en amont est aussi préventif grâce à l’usage d’huiles essentielles, de décoctions et tisanes et enfin un calendrier lunaire est respecté. Cela donne un vin vivant, c’est-à-dire qu’il a le goût de toutes les richesses de la terre sur laquelle il a été cultivé.


De combien de références disposes-tu ? Qui constitue ta clientèle et qu’achète-t-elle ?

Nous avons environ 400 références pour les vins, plus les rhums et les whiskies. Nous recevons autant de femmes que d’hommes, des locaux comme des vacanciers (nous sommes au bord du Golfe du Morbihan) mais surtout des personnes qui recherchent de l’authenticité. Notre vin le moins cher est à 3,40€ (un Languedoc), le plus cher (hors champagne) étant un Bourgogne, à 160€ la bouteille (le prix du foncier...).


Quelles qualités faut-il pour être caviste ? Et chef d’entreprise ?

Je pense qu’être caviste nécessite d’être très ouvert, très curieux et surtout passionné. Il faut également se préserver et garder à l’esprit que goûter un vin n’est pas le consommer. De plus, ce métier exige une bonne forme physique car il y a beaucoup de manutention.

Pour ce qui est de l’entrepreneuriat, je dirais qu’il faut y croire, ne pas avoir peur, être convaincu de ce que tu peux apporter par tes choix.


 
"L’important c'est aussi la rencontre : nous ne choisissons aucun de nos vins sur catalogue, nous nous déplaçons (salons, vignobles), nous goûtons et privilégions les vignerons indépendants."


Quel bilan tires-tu de ce virage professionnel à 180° ?

Oh oui, je suis heureuse de faire ce métier qui allie passion et découverte, j’aime les gens et je suis heureuse de travailler avec mon fils. Effectivement j’ai repris la tradition de travailler en famille… comme j’avais commencé.


Que penses-tu du réseau « Femmes de Bretagne » ?

Je trouve que nous sommes dans une région remplie de trésors humains. Pour moi, être une femme de Bretagne c’est être une femme de partage et de convivialité, donc j'adhère vraiment à ce type de réseau.


Question bonus posée discrètement à son fils et associé : Est-ce facile de travailler avec ta mère ?

Oh oui : elle est dynamique, elle a du caractère mais c’est une femme d’écoute. Il est clair qu’une femme comme elle est un atout incontestable dans ce projet. Nous sommes très complices tout en ayant notre place respective. 



La Cave du VINCIN
59 rue du Vincin
56 000 Vannes
02 97 46 01 12
lacaveduvincin56@gmail.com
Facebook La cave du Vincin



 
Un entretien mené par la Plume Dominique Thiam,
fondatrice de La Boîte à Méthodes à Vannes (56)
Article rédigé par :
Dominique Thiam. -