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Jeudi, Mars 22, 2018

Marie-Edith Ranvier, avocate à Vannes : « Nous pouvons partir de rien et arriver à tout »

Elle a découvert l’association récemment et par hasard. Peu habituée aux réseaux et clubs d’entreprises, Marie-Edith Ranvier partage les valeurs de Femmes de Bretagne. Elle témoigne aujourd’hui pour transmettre un message : « La valeur ne s’éteint pas avec le nombre des années ».

 


Après quelques ajustements minutieux, elle boutonne le prestigieux vêtement noir pour laisser glisser son épitoge. Un œil furtif déployé sur son bureau l’invite à se saisir du Code Pénal. Elle plaque l’ouvrage sur son cœur. Et sourit. Marie-Edith Ranvier rayonne. L’appoint naturel qu’elle dégage, alors qu’elle se prête au jeu intimidant de la séance photos, déconcerte et suscite l’admiration. Son courage explose à première vue. Car l’histoire que dissimulent son regard, son sourire déterminé et son allure fière, est semée d’embûches. Des coups trop peu évités. Une abnégation pour s’en relever avec des blessures camouflées. Ces maux inhérents à sa vie, Marie-Edith les assomme aujourd’hui avec ses mots. Douée, elle se plaît à jongler avec, telle une thérapie. « Il y a eu trop de gâchis, stop maintenant ! », se promet la néo-vannetaise. Elle a 60 ans. Un détail ? Non. Depuis le 8 janvier dernier, trois jours après son entrée dans la sixième décennie, elle est inscrite au Barreau de Vannes. « J’ai l’âge sans en avoir l’expérience », commente-t-elle. « Inclassable », aime-t-elle répéter. Mais assurément prête pour la « grande aventure ».

 
« Dehors, avec un diplôme qui te permettra de travailler tout de suite ! »


Cette volonté énergique n’a pas toujours caractérisé l’avocate morbihannaise. À 18 ans, titulaire d’un « Bac G1 » (Techniques administratives), elle n’a d’autres choix que de se plier aux ordres de sa mère : « Dehors, avec un diplôme qui te permettra de travailler tout de suite ! » Disciplinée, elle suit son mari, militaire, et endosse le rôle de femme de ménage, seul poste disponible dans la garnison, avant de passer ouvrière dactylo-codeuse, au sein du Ministère des Armées. Curieuse et dotée d’une appétence pour les études, Marie-Edith enchaîne avec succès les concours internes, jusqu’à devenir cadre de la fonction publique d’État. Deux enfants et un divorce plus tard, à 30 ans, la Lorraine d’origine évoque une « période bénie ». Indépendante et détentrice d’un emploi sécurisant et valorisant. C’était sans compter sur l’œil maternel, envahissant, assuré qu’un mari manquait à sa fille.

Un avocat se présente. L’homme lui suggère d’entamer des études de droit, afin qu’ils collaborent. Elle accepte le défi et se confronte au regard de la jeunesse étudiante. Et à ce métier qu’elle jugeait ne pas lui correspondre : « Se mettre en scène devant une assemblée était inenvisageable pour moi ». Le bon petit soldat. Mais cette expérience universitaire l’enchante, telle une revanche sur la frustration ne pas avoir pu étudier plus jeune. Un vieux rêve se réalise avec brio. S’en suit un troisième enfant. Puis quelques courtes années de collaboration avec son mari. Ce dernier s’associe avec deux confrères et Marie-Edith se laisse exclure de l’équipe.


 
« De l’énergie et du courage j’en ai à revendre, alors qu’à mon âge beaucoup pensent à leur retraite »


La désormais avocate quitte alors le Havre pour un poste de directrice juridique dans une importante association du centre Bretagne oeuvrant dans les domaines de la santé et du médico-social. Cette décennie maltraite encore ses envies et sa soif de réussir. Elle subit un licenciement. Mais se relève et décide de se battre contre cette injustice. Elle finit par gagner devant les tribunaux. « De l’énergie et du courage j’en ai à revendre, alors qu’à mon âge beaucoup pensent à leur retraite », compare Marie-Edith.

 


C’est une rencontre banale avec une sophrologue handicapée qui l’incite à se lancer. « Elle a dépassé son handicap, alors je me suis convaincue que je n’avais pas le droit de me refuser de vivre. Ça a été révélateur : si elle l’a fait, c’est que je peux le faire également », confie-t-elle. Presque du jour au lendemain, elle s’entête à endosser de nouveau sa robe d’avocate. D’autant que depuis quelques mois, la Morbihannaise d’adoption est conciliatrice de justice au Tribunal de Vannes, un poste bénévole via lequel elle affirme son goût toujours marqué pour les affaires juridiques.

Après un prêt bancaire obtenu, un local loué et dépoussiéré, des fournitures achetées, la voilà donc avocate au Barreau vannetais depuis le 8 janvier dernier. Au-delà des missions classiques d’un avocat, Marie-Edith propose du conseil préventif pour les établissements médicaux-sociaux, afin de les accompagner dans l’écriture de leur documentation juridique.


 
« Je ne me suis jamais sentie aussi libre que maintenant alors que j’ai tout à construire. »


Permanences, gardes à vue, commissions d’office : le triptyque du novice auquel l’avocate est de nouveau contrainte. Elle s’en satisfait : « Ça me plaît de repartir à zéro, dans la peau d’une débutante ! » Elle exerce enfin son métier de cœur. « J’aime défendre les plus mal lotis. J’éprouve un sentiment d’injustice depuis de longues années, on fait rarement un métier par hasard. J’ai toujours été du côté de ceux que l’on oublie. Une sorte de Robin des Bois. » Bref, Marie-Edith est passionnée. Et plus que jamais libre.

D’un naturel « inquiet », elle se révèle complètement « sereine ». Comme si l’instinct de survie la guidait. « Je ne me suis jamais sentie aussi libre que maintenant alors que j’ai tout à construire. Je suis sur des rails, je ne sais pas où elles vont mais elles iront bien quelque part. Je suis certaine que je vais réussir, mais pas cette réussite que l’on associe à l’argent. La réussite qui implique que je fais ce que je veux. C’est mon choix et je suis indépendante. »


 


Dans son cabinet peinturluré de blanc, une étagère garnie d’ouvrages spécialisés et un tableau qui lui est cher. Dans son esprit, des projets propres à la création d’entreprise : communiquer, fédérer sa clientèle, lustrer sa réputation. Il est passé d’une heure. Soixante minutes d’un échange riche et formateur. Alors, telle une expérimentée, elle lâche : « J’aimerais travailler encore dix ans ! Mais à présent, une année en vaut dix, alors si je tiens déjà trois ans, ce sera comme trente ». Et dix, ce serait cent. Cent ans de multitude.



Marie-Edith Ranvier

13 place Maurice Marchais
56000 VANNES
T : 
09 62 67 81 39


 
Un entretien mené par la Plume Léonie Place,
édactrice de contes de faits à Vannes (56)
Article rédigé par :
Léonie Place. -