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Dimanche, Mai 14, 2017

Nina Le Roux, professeure de russe à Lannilis (29) : "Je pense que le plus difficile parfois est de définir ses envies et ses objectifs. "

Le réseau Femmes de Bretagne compte bien sûr des bretonnes... venues à la fois d'ici et d'ailleurs. Parce que notre réseau demeure riche de partages et de rencontres, c'est par ce biais que j'ai rencontré Nina Le Roux. Cette professeure de russe installée à Lannilis dans le Nord-Finistère nous partage son parcours et son histoire. Interview d'une "Женщины Бретани" qui a choisi de s'épanouir pleinement en alliant le goût de transmettre et le plaisir d'apprendre !


Nina tu es d'origine russe. Qu'est-ce qui t'a amenée à apprendre la langue française ?

Le russe est ma langue maternelle... autant que l'ukrainien ! Je suis d'origine ukrainienne et en ces temps géopolitiques troubles je tiens à le préciser.

En 2001 j'ai rencontré un breton qui est venu travailler dans ma ville natale dans le sud de l'Ukraine. Son entreprise (Alstom à l'époque) participait au projet de modernisation du barrage hydro-électrique de la ville. Quelques mois plus tard je suis venue m'installer avec lui en Bretagne. Il est vrai que je ne parlais pas un mot de français. 

J'ai appris cette langue au centre CIEL au Relecq-Kerhuon près de Brest. J'ai pris des cours pendant 4 mois. Ensuite c'est la pratique quotidienne et la lecture qui m'ont vraiment apporté une maîtrise correcte du français.





Initialement tu étais déjà orientée vers l'apprentissage des langues...

Oui, j'ai toujours été attirée par les langues. J'ai de la chance d'être née dans une famille multiculturelle et multilingue. J'ai commencé à apprendre l'anglais à l'école à l'âge de 6 ans. Je me souviens que les cours de langues n'ont jamais été une contrainte pour moi, j'adorais ça ! Quand j'étais adolescente je voulais devenir traductrice-interprète spécialisée en anglais et en espagnol pour accompagner des délégations de scientifiques pour des conférences à travers le monde. Mon destin en a décidé autrement mais j'ai quand même réussi à avoir un niveau satisfaisant en espagnol lors de mon séjour de plusieurs mois au Mexique, entre 2002 et 2003. Mon projet personnel est de commencer à apprendre le breton l'année prochaine.

Comme c'est souvent le cas, c'est la personnalité d'un enseignant, en l'occurrence ma professeure d'anglais, qui m'a donnée l'envie de devenir enseignante à mon tour. Elle m'a beaucoup appris : la passion des langues bien sûr, mais aussi des valeurs, une certaine éthique d'enseignement... Je pense avoir adopté son approche pédagogique... Enfin, je l'espère !


Lors de ton arrivée, quel fut ton regard sur la France et plus particulièrement sur la Bretagne ?

J'avais l'impression de me retrouver sur une autre planète en arrivant à Paris ! Ni plus ni moins ! Tout était différent. Arrivée en Bretagne, ce fut encore un changement d'univers ! Je pense que c'était une chance pour moi d'arriver ici en étant très jeune. Je me suis adaptée très vite. J'ai trouvé que les gens étaient très aimables, polis et toujours prêts à rendre service. On dit que les bretons ne s'ouvrent pas facilement et peuvent paraître un peu distants au premier abord, toutefois cela ne m'a pas choquée car nous, les ukrainiens, sommes un peu pareils !


 
"Je profite de ma connaissance de l'Ukraine et de la Russie ainsi que de l'Union Soviétique pour donner une image des Pays de l'Europe de l'Est dans la continuité de leur évolution, de leurs traditions les plus anciennes jusqu'à leur quotidien moderne. Transmettre le savoir est essentiel, cependant cette mission est loin d'être la seule pour un enseignant ; d'autant plus lorsqu'on travaille avec des enfants. Il faut leur donner des clefs, les accompagner dans leurs découvertes, éveiller en eux une curiosité ainsi que l'envie d'explorer par eux-mêmes."


Tu as ensuite enseigné la langue russe à des adultes ?

J'ai commencé cette activité en 2002 lorsque nous vivions au Mexique. Je ne pouvais pas travailler autrement que par Internet. J'ai continué ensuite en étant à Saint-Pétersbourg (de 2004 à 2008). C'était une activité qui me permettaient de travailler en tant qu'étrangère.

En général les cours se passent via Skype. En moyenne c'est un cours oral par semaine, doublé d'une leçon écrite (partie théorique et exercices).



À présent tu diversifies tes cours en les proposant aux enfants. Pourquoi as-tu choisi d'élargir tes services dans le cadre de ton activité d'auto-entrepreneure ?

Tout a commencé en 2015 à la demande de plusieurs parents d'enfants de l'école du Sacré-Coeur à Lannilis (29), où sont scolarisés mes propres enfants. Ensuite la directrice de l'école, Madame Vanacker, m'a prêté gracieusement une salle dans l'enceinte de l'établissement : j'y ai accueilli une dizaine de jeunes élèves pour un cours hebdomadaire. J'étais ravie et surprise de cet intérêt vif de la part des enfants et de leurs parents envers la langue russe ! C'est justement l'enthousiasme de mes jeunes élèves qui m'a donné le courage de me lancer ! Mais c'est aussi grâce à Madame Vanacker que j'ai eu les moyens logistiques de le faire. Je la remercie pour la confiance qu'elle m'a accordée. À ce jour, je compte 16 élèves de 9 à 11 ans, repartis en 3 groupes.


Quelle formation as-tu suivie pour enseigner en milieu scolaire ?

En 2006 j'ai commencé à suivre des cours par correspondance a l'université de Toulouse 2 Le Mirail. J'ai donc obtenu ma licence de langue et civilisation russe en 2009.

En juin 2016 j'ai obtenu le pré-accord collégial au sein de l'enseignement catholique du Finistère, ce qui m'a permise de m'inscrire sur la liste des suppléants du second degré. J'ai également pu suivre la formation des suppléants proposée par l'enseignement catholique.


Pour toi, l'entrepreneuriat c'est quoi ?

Dans mon cas, l'entrepreneuriat est une porte vers la vie active, malgré les obstacles que peut rencontrer une étrangère au parcours atypique. C'est un excellent moyen de créer son propre emploi dans le domaine de ses compétences. En travaillant à mon compte, je peux exercer une activité épanouissante tout en offrant beaucoup de temps à mes enfants et en m'occupant des 3 gîtes que nous possédons.


En tant que maman de 3 enfants, comment parviens-tu à concilier vie privée et vie professionnelle ?

Comme le font beaucoup de femmes. Il m'est déjà arrivé de donner le biberon simultanément à mes deux garçons jumeaux tout en expliquant les consignes d'un exercice à mon élève 
par audioconférence !

J'ai fait le choix de me former et d'augmenter le nombre d'heures de mes cours en prenant mon temps, car pour moi il était important d'être très présente auprès de mes enfants durant leur petite enfance. Mais je le répète : c'est un choix personnel ; car je comprends tout à fait les femmes qui reprennent le travail à plein temps rapidement après la naissance de leur enfant.





Quels conseils donnerais-tu aux Femmes de Bretagne qui ont envie de créer leur activité ?

C'est toujours bien d'avoir d'abord une idée précise de ce qui nous plaît, ce qui nous rend heureuses, du résultat que l'on voudrait obtenir. À partir du moment où l'on sait exactement ce que l'on veut, les idées et les moyens se présentent. Je pense que le plus difficile parfois est de définir ses envies et ses objectifs. Il faut élargir son cercle de connaissances, parler autour de soi et écouter les gens : les idées ne tarderont alors pas à venir. Et là il faut mettre de l'énergie dans le projet, y consacrer du temps, sortir de sa zone de confort.


Quels messages et valeurs partages-tu à travers ton activité ?

Le principal but de l'enseignement consiste à transmettre un savoir. Lorsque l'on enseigne une langue étrangère on fait découvrir une culture. Dans le cas de la langue russe, nous sommes amenés à aborder la culture slave. Car oui, je pense qu'une langue ne se limite pas a un vocabulaire et aux règles de grammaire. Une langue n'appartient pas forcément à un pays non plus. Le russe est parlé quotidiennement par les habitants de plusieurs pays. Je profite de ma connaissance de l'Ukraine et de la Russie ainsi que de l'Union Soviétique pour donner une image des Pays de l'Europe de l'Est dans la continuité de leur évolution, de leurs traditions les plus anciennes jusqu'à leur quotidien moderne. Transmettre le savoir est essentiel, cependant cette mission est loin d'être la seule pour un enseignant ; d'autant plus lorsqu'on travaille avec des enfants. Il faut leur donner des clefs, les accompagner dans leurs découvertes, éveiller en eux une curiosité ainsi que l'envie d'explorer par eux-mêmes.


Comment vois-tu l'évolution de ton activité dans les prochains mois et les prochaines années ?

L'année prochaine je voudrais augmenter le nombre de mes heures de cours. Et si l'occasion se présente, j'aimerais travailler bientôt à plein temps dans le milieu scolaire ; je resterai aussi toujours ouverte à l'enseignement pour adultes. C'est très différent mais tout aussi passionnant.



Puis-je te demander ce que t'a apporté le réseau Femmes de Bretagne ? Comment dit-on en russe : "Femmes de Bretagne" ? :)

J'ai eu le plaisir d'assister à trois réunions du réseau et après chaque réunion le ressenti est le même: la recharge en énergie positive ! Je suis ravie de l'accueil que j'ai reçu au sein de cette communauté. J'y ai rencontré des femmes de toutes origines et tous horizons.

Je me suis rendue compte que beaucoup de femmes ont besoin d'être écoutées et encouragées tout simplement, car elles ont toutes en elles les ressources nécessaires pour porter leurs projets. Et si en plus on peut s'organiser pour s'entraider c'est formidable !


"Femmes de Bretagne" se dit "Женщины Бретани" en russe : prononcez "génchiny brétani" !


Comment peut-on te suivre sur internet et te contacter ?

Je suis joignable par mail à l'adresse : nina@breizh.net
Je dispose aussi d'un profil sur le site web de Femmes de Bretagne.



 
Un entretien mené par la Plume Virginie Le Gall,
experte en blogging pour Mamezell' en Finistère
et blogueuse de Mamezell' fait son reuz
Article rédigé par :
Virginie Le Gall. -