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Vendredi, Mai 5, 2017

Philippe Fourquet, président de 60 000 Rebonds Grand Ouest : « Notre changement de regard sur l’échec contribuera à augmenter le développement des entreprises »

Son sourire audible traduit sa générosité. Sa voix enjouée aussi. Philippe Fourquet est un engagé convaincu par l’un de ses combats : l’échec n’est pas une marque d’incompétence. Expert-comptable et commissaire aux comptes de métier, il est président de 60 000 Rebonds Grand Ouest. Une association qui accompagne les entrepreneur(e)s en post faillite vers un nouveau projet professionnel. Philippe Fourquet est aussi l'un des grands soutiens de Femmes de Bretagne chez EY, ex Ernst & Young, notre partenaire. Il nous apporte au quotidien ses compétences et son regard aiguisé pour aider le réseau à grandir et à se structurer. Nous en profitons pour lui témoigner toute notre reconnaissance, notre gratitude et notre admiration. Le 3 avril dernier, un partenariat a été signé entre 60 000 Rebonds et Femmes de Bretagne.


Votre parcours professionnel a naturellement nourri votre expertise dans le domaine entrepreneurial, quel est-il ?

Je suis expert-comptable et commissaire au compte de métier. J’ai commencé à Paris, et très vite, j’ai eu la possibilité d’exercer au sein du cabinet d’audit, de conseil comptable, juridique et financier, EY, Ernst and Young à l’époque. J’étais déjà très attiré par le marché des entrepreneurs. En 1986, je suis arrivé à Nantes. C’était l’époque où les cabinets comme EY avaient le souhait de se développer en région auprès des PME (Petite et moyenne entreprise) et ETI (Entreprise de taille intermédiaire). J’ai été successivement responsable de la partie audit et comptabilité. Puis directeur du bureau. Avant de prendre la direction de celui de Lille. Enfin, je suis devenu responsable de l’ensemble des bureaux régionaux, c’est là que j’ai vraiment développé mon expertise professionnelle auprès des entrepreneurs.


 


Et senior partner advisor, votre rôle aujourd’hui chez EY : en quoi cela consiste-t-il ?

J’ai pris ma retraite mais j’avais encore envie de travailler. J’ai donc créé une petite structure de conseil avec laquelle j’offre mes prestations de service à EY. Nous travaillons en bonne intelligence. J’ai une très bonne connaissance des coopératives agricoles donc je continue à leur apporter mon expertise à ce sujet. Et concernant le marché des entrepreneurs, j’interviens lorsqu’ils ont des besoins d’appui ponctuels. Enfin, je suis en relation avec certaines associations où EY est impliqué, comme Femmes de Bretagne et 60 000 Rebonds.


EY est partenaire de 60 000 Rebonds depuis sa création, en 2012. Soutenir une association qui accompagne les entrepreneurs post faillite est un engagement fort pour un cabinet de conseil…

J’ai toujours été très sensible à la cause des entrepreneurs. EY organise depuis 25 ans le prix de l’entrepreneur pour récompenser ceux qui réussissent. Mais il me semblait important que l’on soit aussi aux côtés de ceux qui subissent la faillite. J’ai rencontré Philippe Rambaud, le fondateur de 60 000 Rebonds. Et j’ai eu un déclic, pour l’homme et la cause.


 
« Quand on développe un projet, il faut s’entourer. Il faut être épaulé par des personnes appropriées »


Et vous êtes aujourd’hui président de 60 000 Rebonds Grand Ouest…

Alors que j’étais encore chez EY, c’est bien naturellement que je me suis impliqué auprès de 60 000 Rebonds et que nous les avons accompagnés dans leur implantation partout en France. Quand j’ai quitté EY, 60 000 Rebonds est venue me chercher. Je suis devenu secrétaire général de l’association nationale, en 2016 quand Guillaume Mulliez a pris la présidence nationale, puis j’ai été nommé président du secteur Grand Ouest, à Nantes, qui regroupe les régions Pays de la Loire et Bretagne. Je peux apporter toute ma connaissance du monde des entrepreneurs. Ce qu’il faut faire et ne pas faire. Car j’en ai vu des échecs d’entreprises.


Quels seraient donc vos conseils aux créatrices et créateurs d’entreprises pour ne pas échouer ?

Quand on développe un projet, il faut s’entourer. Pas forcément d’un expert comptable, d’un consultant… mais de son réseau de relations. Il faut être épaulé par des personnes que l’on estime les plus appropriées, celles qui pourront nous conseiller. Par exemple, un entrepreneur au stade du développement doit questionner des personnes ayant déjà vécu cette phase. Il ne faut jamais monter un projet seul !

Mon deuxième conseil, et cela, malheureusement, on le voit souvent, c’est qu’à la création, on n’estime pas suffisamment les besoins de trésorerie de l’entreprise. Car on débute avec ses propres fonds et la boîte commence à se développer, on peut donc prétendre à avoir un peu de financements bancaires. C’est là qu’il faut bien estimer les besoins en fonds de roulement.


 


Depuis ce mois d’avril, 60 000 Rebonds a signé un partenariat avec Femmes de Bretagne, en quoi consiste-t-il ?

Il est double. Déjà, Femmes de Bretagne constitue un vivier d’entrepreneures qui peuvent donner de leur temps pour accompagner des entrepreneurs en rebond. Notre accompagnement se fait en deux temps. Déjà, nous offrons sept séances de coaching professionnel gratuites. Pour aider à retrouver l’estime de soi, la confiance en soi et tirer les enseignements de cet échec. Ensuite, il y a un parrain ou une marraine qui suit l’entrepreneur en rebond, tel un mentor.

De l’autre côté, il y a, chez Femmes de Bretagne, des entrepreneures ayant rencontré l’échec et la faillite. Ce partenariat est un moyen de leur dire que nous sommes là, qu’elles peuvent venir nous voir.


Tous les entrepreneurs ayant connu la faillite peuvent vous solliciter ? 

Quand un entrepreneur frappe à la porte, évidemment, on étudie son dossier. Puis il passe un entretien avec un coach et un parrain. Enfin, l’avis favorable ou non est soumis au bureau de l’association. C’est toujours une décision collective. Si l’on décide de ne pas accompagner, on ne laisse personne sur le côté mais on oriente les candidats vers des associations plus adaptées.


 
« Quand on rencontre l’échec et que l’on arrive à se reconstruire, on bénéficie d’une expérience plus forte »


Sur quels paramètres identifiez-vous les candidats à accompagner et ceux à orienter vers d’autres structures que 60 000 Rebonds ?

Déjà, on s’assure que la personne n’est pas dans une extrême détresse psychologique. On ne se rend pas compte de la violence que peut-être la liquidation de son entreprise. Dans un tel cas, nous pensons qu’il est préférable de les adresser à d’autres associations. Ensuite, les entrepreneurs qui font du dépôt de bilan une pratique courante ne correspondent pas à l’éthique de notre association. Il faut aussi que l’on décèle une vraie envie chez l’entrepreneur, et que ce dernier suive vraiment le programme proposé par 60 000 Rebonds. Enfin, les auto-entrepreneurs ne sont pas forcément notre cible. On estime qu’un auto-entrepreneur, lorsqu’il échoue, dispose toujours de sa compétence et qu’il peut plus facilement rebondir en tant que salarié. Alors qu’un chef d’entreprise perd en plus les moyens d’exercer sa compétence managériale.



Depuis cinq ans, 60 000 Rebonds a accompagné 600 entrepreneurs en faillite. Qu’apporte l’association à ces créateurs en reconstruction ?

60 000 Rebonds permet une accélération du rebond. Notre accompagnement dure deux ans maximum. Il faut préciser que 400 ont rebondi dans l’entrepreneuriat et 200 vers le salariat. Ceux qui ont créé une nouvelle société ont mis 8 à 18 mois à
 rebondir, quant aux nouveaux salariés, 6 à 10 mois. Contre une durée de 6 à 8 ans pour les non-accompagnés.

De plus, 60 000 Rebonds fiabilise le rebond. Une fois que nous avons identifié les raisons de l’échec, l’entrepreneur comprend et cela lui évite de commettre les mêmes erreurs. Car il y a deux cas de figures. Certains, quand ils arrivent face à nous, sont dans le déni et rejettent la faute sur le banquier, sur le client. D’autres sont dans une situation de très forte culpabilité. Il faut les aider à mieux comprendre ce qui s’est passé, c’est le gage d’un rebond réussi.


Quelle part des entreprises en faillite touchez-vous ?

Quand l’association a été créée, il y avait 63 000 procédures collectives engagées devant les tribunaux de commerce (redressement judiciaire, liquidation, sauvegarde). Cela ne signifie pas 63 000 candidats potentiels, mais on est quand même très loin de toucher tout le monde !


 

 
Comment expliquez-vous ce fossé ? Votre association est encore jeune, mais ne serait-ce pas le tabou d’échouer, en France, la principale explication ?

C’est exact. La finalité de l’association est de contribuer à faire évoluer le regard de la société sur l’échec. En France, il est considéré comme un tabou, oui. Il est souvent synonyme d’incompétence. Alors que dans les sociétés anglo-saxonnes, il est un élément d’acquisition d’expérience. Quand on le rencontre et que l’on arrive à se reconstruire, on bénéficie d’une expérience plus forte.


À 60 000 Rebonds, nous sommes persuadés que ce changement de regard sur l’échec contribuera à augmenter le développement des entreprises. Les jeunes oseront plus se lancer et accepteront mieux le risque. Mais je ne veux pas stigmatiser et caricaturer, car aujourd’hui beaucoup de jeunes lancent leur start-up sans craindre l’échec.


Alors comment mettre à profit une situation d’échec ? Quels sont vos conseils pour réussir son rebond ?

Encore une fois, il ne faut pas rester seul ! Venez-voir 60 000 Rebonds (rires). Mais pas que…il y a d’autres structures. Mais peu d’associations proposent un parcours aussi structuré que le nôtre.

Et surtout, il faut profiter de ce moment pour essayer de remettre à plat son déroulé professionnel. Parfois, on ne choisit pas toujours ce que l’on fait. On a eu une opportunité, un concours de circonstances a fait que nous en sommes là. Un échec peut être le moment de se poser les bonnes questions : quelles sont mes forces, quelles sont mes faiblesses. Comme un bilan de compétences en somme.



Pour en savoir plus sur l'association 60 000 rebonds, rendez-vous sur leur site web. 



 
Un entretien mené par la Plume Léonie Place,
rédactrice de contes de faits pour Scribeuse (56)
Article rédigé par :
Léonie Place. -