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Dimanche, Octobre 8, 2017

Sandra Pierres, membre de l'association Ekolobreizh à Saint-Goazec (29) : "​Au sein de ce projet je peux vivre ma démarche écologique de plusieurs façons."

« Il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation, qui n’est pas de produire et de consommer sans fin, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes ». Ces propos de Pierre Rabhi n'ont jamais autant résonné en moi qu'au moment de ma rencontre avec Sandra Pierres. Cette Femme de Bretagne rayonnante a choisi d'oeuvrer pour une vie plus saine. Et elle choisit de faire essaimer ses savoirs et expériences au travers d'une association fabuleuse qui porte le joli nom d'Ekolobreizh. Je suis heureuse de vous partager notre entretien qui "a fait sens" !


Sandra, tu travailles pour Ekolobreizh, "Lieu de découverte écologique en Bretagne" : peux-tu nous présenter cet endroit magique ?

L'association Ekolobreizh, créée en 2014, a pour vocation première de donner envie et transmettre les savoirs, savoirs-faire aux personnes souhaitant mener une vie le plus en accord avec la nature (et donc avec leur vraie nature). Le respect de notre environnement étant la condition première de notre survie sur Terre... et nous apportant du même coup une qualité de vie et un bonheur irremplaçable.

Notre lieu, que nous avons nommé "Lieu de découverte écologique", s'étend sur 2 hectares, tout au bord du canal de Nantes à Brest, adossé à la forêt de Trévarez. Dans ce cadre naturel magnifique, nous avons construit une grande cabane écologique 9 places entre deux chênes tricentenaires. La location de celle-ci est le point de départ pour communiquer sur les gestes écologiques au quotidien et la construction à faible impact.


 
[Récolte 2017 présentée avec : le fils de Sandra - Sandra - Et une bénévole]


Comment est né ce projet ?

Ce projet est d'abord celui de M. Patrig Ar Goarnig, le président de l'association, qui vit sur les lieux depuis 50 ans. Constructeur de maisons écologiques et sculpteur de métier, il a eu envie de profiter de sa retraite pour initier un nouveau projet à long terme, qui mette en valeur le lieu tout en permettant de partager, former sur des modes de vie respectueux de la nature et de l'être humain.


En quoi cette cabane est-elle écologique ?

Notre cabane Kergwan est écologique, tout d'abord de part les matériaux utilisés lors de sa constrution : structure en bois local non traité (Pin Douglas) , isolation en paille bio, peinture écologique labellisée... Même pour les équipements intérieurs (vaisselle, électroménager, tringles...) nous avons tenté de minimiser notre impact écologique en misant sur la récup'; il y a aussi beaucoup de fabrication maison (tous les rideaux et presque tous les meubles).
Enfin le fonctionnement au quotidien aussi tend à être "bio" : toilettes sèches, bacs de tri des déchets, produits d'entretien ultra-simples (bicarbonate, vinaigre, huiles essentielles...), lessive écologique pour les draps, un poêle à bois pour se chauffer, et l'eau de source de Saint Goazec en prime !


 
"Lors de l'accueil des locataires ou des visiteurs, nous avons le plaisir de partager nos valeurs. Les messages que nous faisons passer, par la parole et surtout par l'exemple sont : s'inspirer de la beauté et de l'intelligence de la nature, faire avec et non contre elle ; et puis faire le plus possible les choses de ses mains pour aller vers plus d'autonomie. De cette façon, nous retrouverons de la liberté face à cette société consumériste, une satisfaction personnelle et une nouvelle confiance dans nos capacités."


Vous avez également mis tout en oeuvre pour que cette cabane soit accessible aux personnes en situation de handicap : Pourquoi cette démarche ? Quelles contraintes a induit ce choix ?

La cabane est effectivement conçue pour accueillir tous les publics, y compris les personnes à mobilité réduite (nous travaillons à étendre cela aux 3 autres types de handicaps).

Cette démarche a été initiée par le concepteur, Patrig, car il a lui-même dû se déplacer en fauteuil roulant pendant des mois. Cela a suscité chez lui une vraie compréhension de ces contraintes et l'envie que son rêve de cabane perchée soit accessible à tous.

Ce choix a bien sûr eu des conséquences : il a fallu réviser les plans (agrandissements nécessaires pour les déplacements, rampe d'accès à 4%). Cela a induit deux choses : une demande de permis de construire avec des délais supplémentaires, ainsi que des travaux plus longs et plus demandeurs en matériaux. Mais le résultat en vaut la chandelle !



Cette cabane dans les arbres est aussi le point de départ de tout un panel de formations...

En effet, maintenant que la cabane a ouvert, nous allons développer des initiations et formations. Il y a la sculpture pour laquelle des stages sont déjà proposés ; et quand nous serons prêts, nous proposerons des stages de teinture végétale, des ateliers pour faire des cosmétiques et produits d'entretien bios, du jardinage en permaculture... et nous sommes ouverts à des partenariat avec des intervenants extérieurs, du moment que l'on reste dans l'écologie, le bien-être, l'art et l'artisanat.

 

[La cabane Kergwan - 9 places - ]


Votre approche consiste aussi à organiser des chantiers participatifs : peux-tu nous en parler ?

Oui, depuis peu, nous proposons des chantiers participatifs sur plusieurs sites internet (Twiza, PasserelleEco). C'est un échange où tout le monde se retrouve : de notre côté, cela nous permet d'avoir des coups de main ponctuels sur nos chantiers en complément du travail de Patrig et de notre  ouvrier salarié... et du côté des bénévoles, ils viennent découvrir ou se perfectionner sur des méthodes de construction écologique en pratiquant directement. Ils sont nourris le midi et logés gratuitement. C'est comme le Woofing (fermes en agriculture biologique) mais version construction.


La formulation du nom "Ekolobreizh" laisse deviner une approche culturelle bretonne : en quoi cet aspect a-t-il pour vous du sens ?

Quand nous avons fait notre "brainstorming" pour trouver notre nom actuel, Ekolobreizh, nous voulions qu'il en ressorte de façon évidente deux notions : l'écologie et la culture bretonne, d'où le "Breizh" comme Bretagne... Ceci est le deuxième "domaine de lutte" de Patrig, et cela ne date pas d'hier puisque ses parents étaient déjà très engagés. On sait que les bretons ont dû se battre et continuent encore aujourd'hui pour empêcher que leur langue et leur culture ne s'éteignent. Ce projet parle donc de protection de notre Patrimoine, qu'il soit naturel, culturel, linguistique et même artistique.

Quant à moi, je suis arrivée ici quand Patrig a proposé un emploi qui requérait une réelle conscience écologique tout en sachant parler breton : je ne suis pas là par hasard ! Nous pratiquons le breton au quotidien.


 


Un mot sur vos projets à venir ? 

Nous avons encore de nombreux projets sous le coude ! Le prochain chantier sera l'aménagement de la grande prairie en bord de canal, pour y installer de grands jardins en Permaculture alliant fleurs, légumes, petits fruits, arbres fruitiers, plantes sauvages, aromatiques et médicinales. Dans ces jardins, nous placerons de petits habitats insolites comme des paillourtes (yourtes en terre et paille), des huttes celtiques, des tipis...

Pour l'instant je travaille depuis 2 ans ici sur mon jardin en mode permaculture, avec de bons résultats. Je vais être chargée de la conception, mise en place, de l'entretien des futurs grands jardins, ainsi que de l'animation des visites et formation en jardinage. 
À part sa vocation pédagogique, ce jardin sera tout d'abord un lieu de promenade et de cueillette pour nos locataires qui pourront cuisiner ensuite dans la cabane puisqu'elle est équipée comme une maison !


Ekolobreizh regroupe tout une équipe de professionnels : peux-tu nous présenter les membres de votre association ?

Notre association regroupe de nombreux membres : il y a des professionnels de l'écoconstruction, certains anciennement formés par Patrig ; il y a des jeunes qui viennent apprendre ; mais encore, on trouve des thérapeutes, un géobiologue, un spécialiste des ondes électromagnétiques, une spécialiste du traitement écologique des eaux usées, un électricien, des sculpteurs... Chacun a apporté sa pierre à l'édifice, en fonction de ses compétences et disponibilités.

Au niveau salariés, nous sommes actuellement 4 personnes à temps partiel : Nolwenn, chargée du secrétariat et de la prospection commerciale, Gwenaëlle qui gère la com' (site, réseaux sociaux et supports de communication papier), Mikaël travaillant sur les chantiers, et moi-même, Sandra, au rôle évolutif... Je vous en parlerai plus loin.


 


Comment s'est déroulée la construction de la cabane ?

Avant de pouvoir construire la cabane, vu sa taille (presque 60 m2) et étant sur une zone protégée en bord de rivière, il a fallu un permis de construire. Du fait de ces contraintes, le délai a été très long : plus de 2 ans d'attente et de démarches. Le début des travaux a été retardé. Nous avons dû faire appel à des soutiens, dont celui du maire de Saint Goazec qui a été bien sûr très favorable au projet : vous n'êtes pas sans savoir que l'exode rural continue en Centre-Bretagne et que donc une activité touristique de plus est ici est la bienvenue !

La construction a enfin pu démarrer en mai 2016 et s'est terminée en avril 2017. En moins d'un an, la cabane a poussé entre deux vénérables chênes. C'était très intensif, il y avait de 2 à 9 ouvriers chaque jour. Les gars ont tout fait, depuis les fondations sur pilotis, les murs, le toit, l'isolation, jusqu'aux lits, étagères et tables de nuit faites sur-mesure (sans compter les sculptures par ci et par là).
Ma participation au chantier a été entre autres de leur mitonner des plats le midi, puis de réaliser tous les rideaux sur mesure...



Depuis la fin du chantier, la cabane est en location à la nuit. Comment s'est passé le lancement de cette activité ?

Nous avons ouvert à la location en avril 2017. Cela a été très juste car certains détails n'étaient pas encore au point ! Mais dès le premier groupe, nous avons eu de très bons retours. Les personnes se sentent vraiment dépaysées par l'originalité de la cabane, l'aspect écologique et artistique ; et que ce soit l'intérieur du logement ou l'environnement, elles y trouvent un réel côté zen, apaisant.


 
"Je pense qu'à la base d'un projet réussi, il y a la passion. Je veux dire que chacun doit se mettre à l'écoute de sa petite voix intérieure, celle qui cogne à la porte, parfois depuis longtemps. Ressentons ce qui nous fait vibrer, nous émeut souvent depuis l'enfance. Ces désirs et valeurs profondes doivent être à la base du projet. Car si nous sommes convaincues de ce que nous exprimons, alors les autres seront conquis !"


Au sein de projet, tu détiens donc, Sandra, un rôle polyvalent. Quel chemin as-tu parcouru avant de travailler pour Ekolobreizh ?

C'est vrai que mon rôle ici est polyvalent ; j'ai fait tour à tour ou en même temps : le secrétariat, la communication (écriture du site internet, facebook), la cuisine pour le chantier, l'aménagement intérieur de la cabane (rideaux, vaisselle, draps...), et maintenant la prise des réservations et l'entretien... Je vais garder ces dernières missions et m'orienter vers la création et l'animation des jardins, ainsi que la proposition de stages en teintures végétales (quand j'aurai le lieu propice, en cours d'aménagement).

Mon parcours a été sinueux mais j'ai toujours gardé le cap vers deux balises : l'écologie et l'artisanat d'art. Après le bac j'ai choisi un parcours universitaire de 5 ans en écologie, et ont suivi des expériences variées telles que documentaliste dans un centre de formation agricole spécialisé en Agriculture biologique, prof à domicile, maîtresse d'école, formatrice pour adultes (en biologie, physique-chimie et prévention des risques au travail...). En parallèle j'ai développé mes compétences artisanales (mon autre passion de jeunesse) : d'abord la peinture, puis la couture avec un CAP en 2005 pour me perfectionner, et puis maintenant la teinture sur tissu.

Pour cela j'ai commencé par des stages dans des ateliers de teinture au Sénégal (un pays avec lequel j'ai des liens forts), puis la même chose en France mais là purement avec des plantes. Désormais je veux développer de plus en plus la teinture végétale, domaine passionnant s'il en est, car j'y trouve tout ce que j'aime : la connaissance des plantes (en premier lieu les locales), la chimie, la "cuisine" sur les fourneaux, la beauté des couleurs et le contact avec les tissus.

Et comme je suis une éternelle apprentie, j'ai décidé en 2012 d'apprendre le breton, la langue maternelle de mes parents, en stage intensif de 6 mois ! Cela a été assez efficace et plaisant, et m'a ouvert des portes au niveau professionnel (ici entre autres). J'ai aussi pu me reconnecter à mes racines bretonnes.


En quoi ce projet entre-t-il dans ta démarche écologique ? Quels messages souhaitez-vous transmettre à travers votre activité ?

Au sein de ce projet je peux vivre ma démarche écologique de plusieurs façons. D'une part en vivant sur ce lieu, dans un cadre naturel et sauvage, je fais mon jardin de façon respectueuse et peux observer la beauté du vivant au quotidien. De plus, la construction, l'aménagement de la cabane et des environs, tout participe à des pratiques saines.

Lors de l'accueil des locataires ou des visiteurs, nous avons le plaisir de partager nos valeurs. Les messages que nous faisons passer, par la parole et surtout par l'exemple sont : s'inspirer de la beauté et de l'intelligence de la nature, faire avec et non contre elle ; et puis faire le plus possible les choses de ses mains pour aller vers plus d'autonomie. De cette façon, nous retrouverons de la liberté face à cette société consumériste, une satisfaction personnelle et une nouvelle confiance dans nos capacités.


 


Que penses-tu du réseau Femmes de Bretagne ? Quels conseils donnerais-tu aux Femmes de Bretagne qui souhaitent créer elles aussi leur projet d'activité ?

Ce réseau est une très belle idée, car pour les créatrices d'activité, un réseau est forcément un soutien face aux risques de l'isolement. Je n'ai pas encore eu l'occasion de faire appel au soutien et conseils des membres, cela arrivera peut-être... En tout cas quand je lis les témoignages sur votre site, j'y trouve beaucoup de passion, et surtout une grande sensibilité féminine dans laquelle je me retrouve.

Je pense qu'à la base d'un projet réussi, il y a la passion. Je veux dire que chacun doit se mettre à l'écoute de sa petite voix intérieure, celle qui cogne à la porte, parfois depuis longtemps. Ressentons ce qui nous fait vibrer, nous émeut souvent depuis l'enfance. Ces désirs et valeurs profondes doivent être à la base du projet. Car si nous sommes convaincues de ce que nous exprimons, alors les autres seront conquis !

Ensuite, bien sûr, les rêves doivent être confrontés à la réalité. On s'informe, on structure, on organise... Et on prend des contacts, on s'entoure au mieux. Il ne faut ni trop idéaliser, ni brader ses rêves - et savoir se battre quand c'est nécessaire. C'est un difficile équilibre...


Pour en savoir plus sur Ekolobreizh ? S'inscrire ? Vous contacter ?

Si vous souhaitez nous contacter, pour la location de la cabane, une visite de découverte, une formation, ou la participation aux futurs chantiers participatifs, rendez-vous sur www.ekolobreizh.bzh. Vous pouvez également avoir de nos nouvelles via la page facebook d'Ekolobreizh. Je vous dis à très bientôt !



Merci à Sandra pour cet échange riche de sens de sensibilité !



 
Un entretien mené par la Plume Virginie Le Gall,
blogueuse et experte en blogging pour Mamezell' en Finistère
Article rédigé par :
Virginie Le Gall. -